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Eiger Speed Riding

14 juin 2006


L’EIGER EN SPEEDFLYING, PREMIERE…
Une paire de skis, une toute petite voile, une descente rapide skiée et volée. François Bon et Antoine Montant ont fait la première descente de l’Eiger…

Le récit de François
Je ne voulais pas que l’hiver se finisse : tellement de sensations de glisse, de liberté ! On en parlait au refuge des Cosmiques, lors de l’ascension du Mont Blanc, en mars, avec Vivien Dotti et Aurélien Ducroz, les copains Freeriders, et avec Antoine Montant. Antoine venait de descendre par trois fois la face Nord de l’aiguille du Midi, on avait des étoiles plein la tête…

Aurélien me parle de l’Eiger. L’Eiger… mes rêves alpinistes de gosse resurgissent. C’est décidé, je prépare ça ! Gin m’encourage, je me renseigne sur les possibilités d’ascension. Malheureusement, les chutes de pierres interdisent la montée à pied, les guides locaux refusent. Ce sera donc l’hélico. Plus simple à organiser, timing facile, et moins fatigant ! J’appelle Antoine, électrisé… ça va envoyer du gros ! Damien Dufresne et Tristan Lebeschu pour Acro-Base sont contents de cette nouvelle occasion de trip image. La fenêtre météo est définie, ce sera mercredi.

Mardi soir chez Antoine, au sein de la chaleureuse famille Montant… J’adore l’énergie de ces moments passés ensemble, entre potes : on refait le monde, on parle de choses simples et surprenantes à la fois… notre présent s’étend en devenir, on est déjà demain. D’ailleurs on n’a pas dormi vraiment : le soleil arrivera bien après notre départ pour Lauterbrunnen. Sur l’héliport, c’est machinal : préparation du matos, équipement. Damien et Tristan montent en train au pied de la face, l’hélico les prendra au passage, pour faire les images. Cette région de Suisse est magnifique, on profite des minutes de montée en hélico au maximum, je peux pas ouvrir plus les yeux, je veux voir partout à la fois. Les glaciers sont énormes. A chaque instant on se dit avec Antoine : « là ! et là ! »… une courbe, une attaque, une vire, tant de traces légères à poser sur ces pentes, tant de belles pentes à rider.
L’Ogre (surnom de l’Eiger) est devant nous : c’est grand ! On repère le parcours en direct une dernière fois, l’endroit où nous basculerons dans la face Nord, l’état de la neige. La pointe du sommet arrive. L’atmosphère a changé de consistance, nous voilà dans le monde de là haut. Là haut… les secondes sont éternelles et se gravent dans notre esprit. Petits êtres sur un petit pic, fin , tout en haut…

Allez ! La place est juste bien pour les deux mini voiles de Speed (2 fois 8 m2…). Vent de dos, mais le rouleau nous protège : les voiles sont sages. La pente est forte, l’arête est fine, faudra pas décaler à droite ou à gauche ! Ma petite Nano est docile et facile, pas de souci. Mais ça va aller vite ! Je règle mes trims avants sur la pente, ça va vraiment fumer !
L’hélico revient. Sur son flanc, les pieds sur le patin, objectif à l’œil, Doud et Tristan sont aux aguets, et aux anges. Ils nous contournent, un dernier panoramique, histoire de graver encore…
C’est parti. La Nano gonfle vite et bien, mais que c’est raide ! La vitesse n’en finit pas de grandir, l’arête est un grand toboggan qui nous aspire dans la face Ouest… Grisant ! Ca défile à Mac 12, quelles sensations ! On est certainement au-delà des 100 à l’heure, j’ai bien réglé l’angle de plané, je reste au contact de la neige, grandes courbes à fond, mes skis font la guerre sous mes pieds, je saute les rochers, replaque, résiste, attaque, replaque, c’est énorme ! Antoine, parti devant moi, est plus lourd, plus rapide, il prend de la distance, son fumigène matérialise sa trajectoire, il fuse…
Encore quelques courbes sur la face Ouest, l’hélico est loin, il a du mal à suivre… Sauts de barres en travers, touchs, ça claque sévère sous les skis, et on bascule… Très impressionnant ! Immense… je suis happé par le minéral, c’est si haut au-dessus, si loin en-dessous, je suis tout petit encore là-dedans.
La première vire est là, je vise, pfou… c’est vite ! Pas possible de faire mieux que des touchs à cette vitesse. Virage, la prochaine vire surgit, ça rebondit, la suivante, celle-ci s’enchaîne avec d’autres, je swoope plus, cela m’entraîne jusqu’en bas de la face Nord à coups de virages piqués, vers la fin des névés. Je pose à la dernière limite, à quelques mètres des pierriers et de la végétation. Car à cette vitesse, il ne serait pas bon de rater la neige ! C’est calme, quel contraste, Je suis survolté, rempli de vitesse et d’adrénaline, essoufflé, j’en reviens pas. Je regarde la face que je viens de dévaler, si imposante… Heureux et penaud à la fois…
Mon fumigène est encore à plein badin. Je cherche Antoine que j’ai perdu de vue depuis que j’ai basculé dans la face Nord. J’aperçois son fumigène, plus haut, plus sur le côté. L’hélico est là, mais je sais qu’il n’a pas tout suivi.
Bon, Antoine ne descendra pas ici, trop chaud pour redécoller vers la vallée, donc je range tout, mets mon sac harnais en position marche, et mes jambes aussi… lentement… Finalement, j’aurai quand même senti l’effort de la marche : ça complète l’aventure et son plaisir. Antoine m’attend quelques centaines de mètres plus haut, assis dans le vide sur un caillou surplombant, impérial tel un aigle…Val n’est pas loin, c’est sûr. La neige est molle, je patauge, c’est raide, ça dure, mais ce moment est propice au recentrage, ça médite… Plénitude. On reste un peu ensemble vers le caillou, tranquilles, sereins, avant de penser à redescendre vers la civilisation. Pas pressés. Nous volons jusqu’à Grindelwald, où Doud et Tristan nous attendent. Retour au monde.

Plus tard, je bougonne car le pilote de l’hélico a été trop timide, il n’a pas bien suivi, les images ne seront que moyennes, les alarmes de l’hélico n’ont pas sonné une seule fois ! Mais bon, tant pis, elles sont dans la tête, les images… Et puis comme ça, on reviendra.
C’était bon, fort, puissant, c’est toujours tellement particulier et enrichissant, ces visites là haut.
Merci à Doud, Tristan, Antoine de partager ces moments avec eux.
Merci à Gin Gliders, ZAG Skis, Les Arcs pour leur aide.
Et à la prochaine, car ça, c’est sûr, c’est pas fini !

Les Arcs